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Le couple franco-allemand et la promotion des droits de l'Homme en Amérique du Sud : L'exemple du prix Antonio Nariño

Le couple franco-allemand et la promotion des droits de l’Homme en Amérique du Sud : L’exemple du prix Antonio Nariño

 

Prix Parlementaire Franco-allemand, Prix Franco-Allemand du Journalisme, Prix Franco-Allemand de l’Economie… Le moins que l’on puisse dire est que le « couple » franco-allemand affectionne les récompenses qui portent sa marque symbolique. Dans ce domaine, le Prix Franco-Allemand des droits de l’Homme "Antonio Nariño” fait office de nouveau-né. Remis pour la première fois en décembre dernier, ce prix créé par les Ambassades de France et d’Allemagne en Colombie est destiné à récompenser les activités, projets et individus qui contribuent à la promotion des droits de l’Homme au sein de ce pays. Zoom sur une récompense qui illustre l’intérêt grandissant porté par l’UE aux pays d’Amérique Latine…

 

Un prix placé sous le signe de l’Histoire colombienne

Officiellement remise pour la première fois le 13 décembre dernier, cette distinction porte le nom du grand ‘héros ‘ de l’indépendance colombienne Antonio Nariño. Cet intellectuel républicain et libéral a été le premier à traduire la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en langue espagnole - ce qui lui a valu la prison et l’exil entre 1797 et 1803. Il est ainsi devenu l’un des principaux porte-drapeaux sud-américains de l’idéal des « Lumières ».

Par la suite, il a participé à la révolution de 1810 qui s’est soldée par l’expulsion des dirigeants espagnols de Nouvelle-Grenade. Partisan d’un exécutif fort et d’un Etat centralisé, il a solennellement proclamé l’indépendance de la Colombie en 1813 et a été fait dictateur à vie par Bogota. Son héritage politique et historique est donc pour le moins controversé, ce que n’ont pas manqué de souligner les observateurs les plus critiques lors de l’introduction du prix franco-allemand portant son nom.

Face à la réaction rapide et brutale des troupes espagnoles, Nariño a été rapidement dépassé et battu. Après cinq années de prison à Cadix entre 1816 et 1820 et une libération dans le contexte de la révolution libérale espagnole, il est revenu en Colombie aux côtés de Simon Bolivar pour concrétiser son projet de ‘Grande Bolivie’ –projet qui s’est avéré voué à l’échec.

Associer au Prix Franco-Allemand des Droits de l’Homme le nom de ce célèbre protagoniste de la Colombie indépendante est donc une démarche réellement symbolique : le prix vient en effet récompenser des personnes et des projets qui contribuent à émanciper la Colombie contemporaine d’un passé colonial empreint de violences et de violations des droits de l’Homme. Ce pari symbolique n’est pourtant pas sans risque : comme bon nombre de « libérateurs » nationaux, le parcours politique d’Antonio Nariño inclut une parenthèse dictatoriale que l’imaginaire national colombien a eu tendance à gommer. C’est donc bien l’image de Nariño en tant que traducteur et promoteur de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen qu’il faut retenir ici.

 

Trois critères de sélection et un jury à dominante franco-allemande

Selon le règlement officiel, l’objectif de ce prix est de récompenser sans distinction de nationalité les activités, les projets nationaux ou internationaux et les individus œuvrant à la promotion, à la défense et à la protection des droits de l’Homme en Colombie, dans l’esprit de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948.

Pour procéder à la sélection des lauréats, le jury se base sur trois critères clés. D’une part, il doit prendre en compte le caractère durable des effets du projet : seuls les projets réellement pérennes ont une chance de remporter la prestigieuse distinction. D'autre part, le jury doit s’intéresser à la population bénéficiant du projet : ainsi, il doit être capable d’identifier clairement les groupes humains bénéficiaires d’une meilleure protection de leurs droits fondamentaux. Enfin, le projet doit reposer sur une démarche participative : en d’autres termes, les bénéficiaires de l’initiative doivent être pleinement associés au déroulement du projet. Ils doivent être eux-mêmes des acteurs de l’aventure.

Le jury chargé d’évaluer les projets est à dominante franco-allemande. Il se compose de membres permanents et de membres temporaires. Par « membres permanents », on entend ici l’Ambassadeur d’Allemagne en Colombie, l’Ambassadeur de France en Colombie (qui président tous deux le jury) et le Représentant du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme. Ces membres permanents nomment au moins deux membres temporaires pour un mandat d’un an.

L’Association « Tierra y vida », première lauréate

Conformément aux modalités définies par le règlement du prix, le jury 2010 a choisi de récompenser l’association colombienne « Tierra y vida » (« Terre et vie ») pour son engagement en faveur de la restitution des terres aux paysans victimes de spoliations.

Ce combat symbolise la détermination de la société civile colombienne à mettre fin au climat d’insécurité ambiante généré par les milices d’extrême-gauche et d’extrême droite. Ces milices font régner la terreur sur le territoire colombien, chassant les habitants qui refusent de coopérer avec elles et n’hésitant pas à recourir à des massacres à la tronçonneuse pour imposer leur autorité.

En s’engageant pour rendre aux paysans exilés les terres qui leur reviennent de droit, les membres de cette association risquent leur vie. L’une des représentantes de « Tierra y vida » a d’ailleurs été menacée de mort. Malgré ce climat extrêmement dangereux, les membres de l’association continuent à mener leur combat, convaincus qu’une indemnisation en nature est préférable à une indemnisation financière (sauf lorsque les terres concernées se trouvent dans une zone particulièrement dangereuse).

 

 

Un couple franco-allemand moins « nombriliste » dont le regard se porte sur l’Amérique Latine

Grâce à cette distinction, Carmen Palencia et Alfranio Solano, représentants de l’association, ont effectué une visite en France et en Allemagne du 5 au 12 juin derniers. Ils se sont entretenus - entre autres - avec l'ambassadeur français chargé des droits de l'Homme et avec des parlementaires européens. Cette visite en Europe – offerte par les Ambassades d’Allemagne et de France en Colombie - leur a ainsi permis de présenter leur action plus en détail. Ils ont également profité de ce voyage pour attirer l’attention des autorités politiques européennes sur les obstacles qui handicapent la lutte contre le narcotrafic et les milices en Colombie. Enfin, leur visite au Ministère de l’Agriculture à Paris a été l’occasion pour eux de rappeler le lien étroit entre l’accès aux terres, le développement humain et la défense des droits de l’Homme.

Le prix franco-allemand des droits de l’Homme est donc bien plus qu’un simple gadget diplomatique portant la marque du « moteur de l’Europe ». Il présente en effet toutes les caractéristiques d’un outil au service d’une promotion efficace des droits de l’Homme en Colombie: il génère une certaine émulation dans ce secteur, il promeut une démarche participative et il soutient la société civile dans « son » combat pour « ses » droits fondamentaux.

Plus généralement, cette récompense est à l’image d’un couple franco-allemand moins nombriliste et plus ouvert sur le reste du monde que par le passé. On peut ainsi voir derrière ce prix la volonté de Paris et Berlin de développer une véritable politique commune en matière de promotion des droits de l’Homme en Amérique Latine. A terme, ces premiers pas pourraient mener vers une politique commune à l’échelle de l’UE en matière de promotion des droits de l’Homme dans le monde.

Enfin, le prix Antonio Nariño illustre le désir de la France et de l’Allemagne de renforcer leurs liens avec la Colombie. Ces liens sont pourtant déjà étroits et anciens : ainsi, pour ce qui est de l’Allemagne, les relations bilatérales avec la Colombie remontent au 19ème siècle et au voyage d’Alexander von Humboldt. Ces liens sont d’ailleurs aussi bien économiques que culturels : ainsi, les entreprises françaises implantées en Colombie sont les premiers employeurs étrangers du pays, et la culture française y jouit d’une solide implantation. Ce prix franco-allemand des droits de l’Homme a donc pour mission de renforcer les relations entre la Colombie et le couple franco-allemand tout en promouvant une croissance économique respectueuse des droits fondamentaux.

 

Christa Ludwig

 

 


 

Deutschland und Frankreich setzen sich für die Menschenrechte in Südamerika ein:

Das Beispiel des Antonio Nariño-Preises

 

Deutsch-französischer Parlamentspreis, deutsch-französischer Journalistenpreis, deutsch-französischer Wirtschaftspreis…Man kann wirklich sagen, dass Deutschland und Frankreich eine Vorliebe für Preise haben, die die symbolische Prägung der beiden Länder besitzen. In diesem Kontext stellt der deutsch-französische Menschenrechtspreis „Antonio Nariño“ eine Neuheit dar. Ziel dieses Preises, der zum ersten Mal im Dezember letzten Jahres vergeben und von der französischen und deutschen Botschaft Kolumbiens initiiert wurde, ist es, Aktivitäten, Projekte und Individuen, die sich für die Menschenrechte in diesem Land einsetzen, zu belohnen. Ein kleiner Zoom auf eine Auszeichnung, die das wachsende Interesse der EU an Lateinamerika veranschaulicht…

 

Ein Preis unter dem Zeichen der kolumbianischen Geschichte

Die Auszeichnung, die zum ersten Mal am 13.Dezember 2010 verliehen wurde, trägt den Namen des großen ‚Helden‘ der kolumbianischen Unabhängigkeit, Antonio Nariño. Dieser republikanische und liberale Intellektuelle war der erste, der die Menschenrechtserklärung ins Spanische übersetze – dafür kam er ins Gefängnis und lebte von 1797 bis 1803 im Exil. Er ist so zu einem der größten südamerikanischen Symbole des Ideals der „Aufklärung“ geworden.

Er beteiligte sich dann an der Revolution von 1810, die mit der Ausweisung der spanischen Führer aus Neu-Granada endete. Als Anhänger eines starken Exekutives und eines zentralisierten Staates, verkündete er im Jahre 1813 feierlich die Unabhängigkeit Kolumbiens und wurde von Bogota zu einem Diktator auf Lebenszeit gemacht. Es wird deutlich, dass das politische und historische Erbe Antonio Nariños umstritten ist. Diese Tatsache wurde von kritischen Beobachter bei der Einführung des deutsch-französischen Menschenrechtspreises unterstrichen.

Nariño wurde von der schnellen und brutalen Reaktion der spanischen Truppen schnell außer Gefecht gesetzt und erlitt eine Niederlage. Nach fünf Jahren Haft im Gefängnis von Cádiz (1816 -1820) und einer Befreiung im Kontext der liberalen spanischen Revolution, kam er an der Seite von Simon Bolivar nach Kolumbien zurück, um sein Projekt des „Großen Kolumbiens“ umzusetzen – ein Projekt, das jedoch erfolglos blieb.

Dem deutsch-französischen Menschenrechtspreis den Namen dieses bekannten Protagonisten des unabhängigen Kolumbiens zu geben ist also ein wahrhaft symbolischer Akt: Die Auszeichnung soll Personen und Projekte belohnen, die dazu beitragen, das heutige Kolumbien von seiner kolonialen Vergangenheit, geprägt von Gewalt und Verletzungen der Menschenrechte, zu befreien. Diese symbolische Wette beinhaltet jedoch auch Risiken: Wie viele nationale „Befreier“ beinhaltet auch der politische Weg Antonio Nariños eine Zeit der Diktatur, die das nationale kolumbische Bewusstsein oftmals in Vergessenheit geraten ließ. Das Bild Nariños, auf dem der Preis beruht, ist das des Übersetzers und Urhebers der Erklärung der Menschenrechte.

 

Drei Auswahlkriterien und eine deutsch-französische Auswahlkommission

Wie in der offiziellen Regelung festgelegt, ist das Ziel dieser Auszeichnung nationale und internationale Aktivitäten, Projekte und Individuen zu belohnen, die sich im Sinne der Allgemeinen Erklärung der Menschenrechte von 1948 für die Förderung, die Verteidigung und den Schutz der Menschenrechte in Kolumbien einsetzen. Die Nationalität spielt bei der Preisvergabe keine Rolle.

Die Auswahlkommission ermittelt die Preisträger nach drei Hauptkriterien: Einerseits muss die Jury den nachhaltigen Charakter der Ergebnisse des Projektes berücksichtigen; lediglich wahre Langzeit-Projekte haben eine Chance, diese renommierte Auszeichnung zu erhalten. Andererseits interessiert sich die Jury für die Bevölkerungsgruppen, denen das Projekt zugute kommt: Die Auswahlkommission muss in der Lage sein, die Bevölkerungsgruppen, denen ein besserer Schutz ihrer Grundrechte zuteil wird, problemlos zu identifizieren. Das Projekt muss schließlich auf einer aktiven Vorgehensweise basieren: Dies bedeutet, dass die Empfänger der Initiative vollständig in den Ablauf des Projektes mit einbezogen werden müssen. Sie selbst müssen zu Akteuren dieses Abenteuers werden.

Die Auswahlkommission, mit der Auswertung der Projekte beauftragt, ist überwiegend deutsch-französisch. Sie setzt sich aus ständigen und nichtständigen Mitgliedern zusammen. Die „ständigen Mitgliedern“ sind der deutsche und der französische Botschafter in Kolumbien - die beide die Auswahlkommission leiten - sowie der Vertreter des Hohen Kommissariats der Vereinten Nationen für Menschenrechte. Diese ständigen Mitglieder nominieren mindestens zwei nichtständige Mitglieder für ein Mandat von einem Jahr.

 

Erster Preisträger: Die Organisation „Tierra y vida“

Gemäß der Modalitäten des Preises hat sich die Auswahlkommission 2010 dazu entschieden, die kolumbianische Organisation „Tierra y vida“ („Land und Leben“) für ihr Engagement für die Rückerstattung der Felder an Agrarwirte, Opfer von Raub, zu belohnen.

Dieser Kampf zeigt die Entschlossenheit der kolumbianischen Bevölkerung auf, dem vorherrschenden Klima der Angst und Unsicherheit, durch links- und rechtsextremistische Milizen verursacht, ein Ende zu setzen. Diese Milizen üben Terror auf Kolumbien aus, sie vertreiben die Bewohner, die sich weigern, mit ihnen zusammenzuarbeiten und schrecken nicht vor Kettensägen-Massakern zurück, um der Bevölkerung ihre Befehlsgewalt aufzuerlegen.

Die Mitglieder der Organisation „Tierra y vida“ setzen durch ihr Engagement für die Bauern, das in der Rückerstattung der Felder, die ihnen rechtmäßig zustehen besteht, ihr Leben aufs Spiel. Eine Vertreterin der Organisation erhielt sogar Morddrohungen. Trotz dieses äußerst gefährlichen Klimas setzen die Mitglieder von „Tierra y vida“ ihren Kampf fort, in der Überzeugung, dass eine Entschädigung in Naturalien einer finanziellen Erstattung zu bevorzugen ist (es sei denn, die betroffenen Felder befinden sich in einem sehr gefährlichen Gebiet).

 

Frankreich und Deutschland, weniger „ichbezogen“, richten ihren Blick nach Lateinamerika

Dank dieser Auszeichnung haben Carmen Palencia und Alfranio Solano, die Vertreter der Organisation „Tierra y vida“, vom 5. bis 12.Juni eine Reise nach Frankreich und Deutschland gemacht. Sie haben sich unter anderem mit dem französischen Botschafter, Beauftragter für Menschenrechte und mit Europaabgeordneten unterhalten. Ihr Besuch in Europa – finanziert von der deutschen und französischen Botschaft in Kolumbien – hat ihnen ermöglicht, ihre Tätigkeit im Detail vorzustellen. Carmen Palencia und Alfranio Solano nutzten diese Reise auch, um die Aufmerksamkeit der politischen Behörden Europas auf die Hindernisse im Kampf gegen den Drogenhandel und die Milizen in Kolumbien zu lenken. Ihr Besuch im Agrarministerium in Paris war schließlich die Gelegenheit, die enge Beziehung zwischen dem Besitz von Land, der humanitären Entwicklung und dem Schutz der Menschenrechte in Erinnerung zu rufen.

Der deutsch-französische Menschenrechtspreis ist also weit mehr als ein einfaches diplomatisches Gadget der Marke „Antrieb Europas“. Diese Auszeichnung beinhaltet in der Tat alle Eigenschaften eines Werkzeuges im Dienst einer effizienten Förderung der Menschenrechte in Kolumbien: Sie ruft einen gewissen Wetteifer in diesem Bereich hervor, fördert eine aktive Beteiligung und unterstützt die Zivilgesellschaft in „ihrem“ Kampf für „ihre“ Grundrechte.

Im Allgemeinen geht diese Auszeichnung mit einem Bild Deutschlands und Frankreichs einher, die weniger auf sich selbst bezogen und weltoffener sind als in der Vergangenheit. Dieser Preis zeigt den Willen von Paris und Berlin auf, eine echte gemeinsame Politik auf dem Gebiet der Förderung der Menschenrechte in Lateinamerika zu entwickeln. Letztlich könnten diese ersten Schritte zu einer gemeinsamen Politik der Förderung der Menschenrechte in der ganzen Welt auf EU-Ebene führen.

Der Antonio Nariño-Preis veranschaulicht schließlich den Wunsch Frankreichs und Deutschlands ihre Beziehungen zu Kolumbien zu intensivieren. Diese Bindungen sind jedoch bereits eng und bestehen schon lange: Die bilateralen Beziehungen zwischen Deutschland und Kolumbien entstanden im 19.Jahrundert und gehen auf die Reise von Alexander von Humboldt zurück. Diese Beziehungen haben außerdem sowohl wirtschaftlichen als auch kulturellen Charakter: So sind die französischen Firmen, die in Kolumbien angesiedelt sind, die ersten ausländischen Arbeitgeber des Landes und die französischer Kultur erfreut sich einer soliden Präsenz. Die Mission des deutsch-französischen Menschenrechtspreises ist es also, die Beziehungen zwischen Kolumbien und dem deutsch-französischen Gespann zu vertiefen und gleichzeitig ein wirtschaftliches Wachstum zu fördern, das die Grundrechte achtet.

 

Christa Ludwig

 

 

 

 

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