Divers

La langue de Goethe peine à séduire les élèves français

 

Master Politiques européennes, IEP de Strasbourg
Par Christa Ludwig

 

La 8ème journée franco-allemande du 22 Janvier 2011 avait pour thème directeur « L’allemand, passeport pour l’avenir ». Si la promotion de la langue du partenaire est l’un des éléments fondateurs de la coopération institutionnalisée par le biais du Traité de l’Elysée de 1963, force est de constater que la langue de Goethe perd en popularité au sein des écoles françaises. Comment expliquer ce ‘désamour’ grandissant pour la langue de notre voisin germanique, et comment réhabiliter cette dernière auprès des élèves français et de leurs parents ?

Une faible demande sociale

En 2008, des IA (Inspecteurs d’Académie) et IPR (Inspecteurs Pédagogiques Régionaux) d’allemand ont rédigé un rapport relatif à l’état de l’enseignement de la langue allemande en France. La conclusion de ce rapport est sans appel : la faiblesse de la ‘demande sociale’ en matière d’apprentissage de l’allemand est préoccupante.

Face à l’essor de l’anglais et de l’espagnol, l’allemand a bien du mal à séduire les élèves du primaire et du secondaire ainsi que leurs parents. Certes, l’allemand reste la 3ème langue enseignée en France, où 15,4% des élèves l’apprennent. Mais l’écrasante majorité des élèves choisit l’anglais en LV1, et de plus en plus d’élèves optent pour l’espagnol en LV2.

Nombreux sont les parents qui hésitent lorsque vient le moment de choisir les langues vivantes que leurs enfants apprendront à l’école. Pour effectuer ce choix, ils projettent leurs propres conceptions des langues étrangères sur le parcours scolaire de leur enfant, et ils sont fortement influencés par les choix des autres parents. C’est ainsi qu’un mouvement de d’abandon de l’allemand s’est ancré dans le paysage scolaire français.

Une langue qui pâtit d’une mauvaise image

Ce mouvement s’explique de par l’influence grandissante de l’anglais (‘pourquoi apprendre plusieurs langues étrangères si « tout le monde » parle anglais ?’), mais également de par la mauvaise image associée à la langue allemande. Elle reste perçue par les parents et les élèves comme une langue difficile (principalement en raison du système de déclinaisons et des règles syntaxiques), caractérisée par des sonorités dures et brutales, manquant de mélodie par rapport aux langues latines et constituant de ce fait une ‘étrangeté’. Elle reste d’autre part considérée comme une langue réservée aux meilleurs élèves.

Si cette mauvaise image associée à la langue allemande est assez largement imputable à des stéréotypes qui ont la vie dure et qui se nourrissent souvent d’une méconnaissance du pays en question, elle est également la conséquence d’une politique de promotion officielle qui a misé sur des arguments à double tranchant.

Le Traité de l’Elysée de 1963 accorde en effet une importance toute particulière à la promotion de la langue du partenaire : ainsi, le document stipule que « les deux gouvernements reconnaissent l’importance essentielle que revêt pour la coopération franco-allemande la connaissance dans chacun des deux pays de la langue de l’autre ». Du côté français, le discours officiel de promotion a longtemps mis en valeur le prestige de la langue allemande. Cette dernière était systématiquement présentée comme la langue de l’élite: les meilleurs élèves choisissaient l’allemand. Ironie de l’histoire : ce discours officiel a fini par nuire à la popularité de la langue (boudée par les parents car considérée comme trop ‘élitiste’).

La nouvelle politique française de promotion de l’allemand

Constatant cette erreur stratégique, le Ministère de l’Education Nationale a depuis les années 2000 cherché à redéfinir le contenu de la politique de promotion de l’allemand. Cette nouvelle politique passe tout d’abord par une redéfinition des méthodes d’enseignement de cette langue étrangère, dans le but de la rendre aussi attractive que possible pour les élèves. Le postulat de base est que toute langue a ses difficultés, mais que ces difficultés peuvent être surmontées dès lors que l’enseignant fait preuve d’inventivité pour motiver ses élèves.

L’accent est également mis sur la promotion de l’allemand par des vecteurs plus ludiques, telle l’initiative ‘Deutsch Mobil’. Ce projet, lancé en 2000 repose sur le dynamisme de jeunes lecteurs et lectrices allemand(e)s qui parcourent les routes françaises d’école en école, de collège en collège et de lycée en lycée pour inciter les jeunes à apprendre l’allemand. Ce projet piloté par la Fédération des Maisons franco-allemandes et soutenu par la Fondation Robert Bosch et par Mercedes Benz est désormais également patronné par le Ministère de l’Education Nationale.

D’une manière générale, la nouvelle politique française de promotion de l’allemand cible aussi bien les parents (auxquels appartient le choix final des langues que leurs enfants apprendront à l’école) que les enfants eux-mêmes : si ces derniers prennent plaisir à apprendre la langue de Goethe, l’image de cette dernière en sortira améliorée sur le long terme.

La maîtrise de l’allemand : un atout sur plusieurs plans

Les arguments mobilisés dans le cadre de ce nouveau discours officiel permettent de mettre en évidence le caractère précieux de la maîtrise de la langue allemande : savoir parler allemand est en effet un atout sur plusieurs plans, dans une Europe dont les frontières physiques, professionnelles et culturelles internes deviennent de plus en plus perméables.

Maîtriser l’allemand est d’abord un atout pour l’apprentissage (simultané ou futur) d’autres langues étrangères : avoir d’abord appris l’allemand garantit par exemple un certain nombre de facilités pour l’apprentissage de l’anglais (ces deux langues ayant des racines communes).

D’autre part, parler allemand est un sésame permettant d’aller étudier en Allemagne dans le cadre d’un des 2200 partenariats établis entre universités françaises et allemandes. L’obtention d’un double-diplôme franco-allemand (et il en existe près de 120 à l’heure actuelle) constitue à ce titre une véritable valeur ajoutée pour son titulaire.

Sur le plan professionnel, à l’heure où parler anglais est devenu aussi banal qu’indispensable, la maîtrise de l’allemand est un critère qui fait la différence. Maîtriser cette langue ouvre des possibilités professionnelles en Allemagne, certes, mais également en Suisse et en Autriche voire au Luxembourg et au Lichtenstein. L’allemand est la première langue parlée en Europe, par près de 95 millions de personnes : cette donnée élargit considérablement les perspectives professionnelles des germanophones.

Enfin, la maîtrise de cette langue est un tremplin vers la découverte d’une culture très riche et florissante. Car la culture allemande ne se résume pas à Goethe et Schiller. C’est certes une culture classique renommée et admirée, mais c’est aussi une culture contemporaine créative dont certains produits artistiques (cinématographiques et musicaux notamment) s’exportent particulièrement bien.

Le paradoxe de la relation franco-allemand au XXIème siècle ?

Cette nouvelle politique de promotion a permis de générer une légère amélioration des chiffres de l’apprentissage de l’allemand en France. Mais beaucoup reste encore à faire : d’une part, ces chiffres sont à relativiser par des données –beaucoup moins encourageantes- concernant le niveau réel de langue. D’autre part, l’allemand reste largement ‘boudé’ à l’école, alors même que l’image que les Français ont de l’Allemagne est globalement très positive.

Outre Rhin, l’édition 2011 de la Journée franco-allemande était placée sous le signe de la promotion de l’apprentissage du français, à l’heure où les jeunes Allemands délaissent nettement cette langue pour se consacrer à l’anglais et à l’espagnol. Le parallélisme avec le cas français est très frappant…

Alors que les liens économiques, politiques, sociaux et culturels entre la France et l’Allemagne sont plus forts que jamais, la connaissance limitée de la langue de l’autre semble donc bel et bien constituer le paradoxe de la relation franco-allemande en ce début de XXIème siècle.

Christa Ludwig

*********

Die französischen Schüler vernachlässigen die Sprache von Goethe

Der 8. deutsch-französische Tag hat am 22. Januar 2011 unter dem Motto ‚L’allemand, passeport pour l‘avenir‘ stattgefunden. Obwohl die Förderung der Sprache des Partners als grundlegende Säule der durch den Elysée-Vertrag institutionalisierten Zusammenarbeit gilt, muss in der Tat festgestellt werden, dass die Sprache von Goethe in den französischen Schulen an Popularität und Attraktivität verliert. Wie lässt sich diese wachsende Gleichgültigkeit für die Sprache unseres deutschen Nachbarn erklären, und wie kann diese Sprache bei den französischen Schülern und bei deren Eltern rehabilitiert werden?

Eine geringe Nachfrage innerhalb der Zivilgesellschaft

2008 haben akademische Inspektoren und regionale Pädagogik-Inspektoren im Schulfach Deutsch einen Bericht über den Zustand des Deutschunterrichts in Frankreich veröffentlicht. Die Schlussfolgerungen dieses Berichts klingen pessimistisch : was das Deutschlernen angeht, ist die geringe Nachfrage innerhalb der Zivilgesellschaft bedenklich.

Im Vergleich zu Englisch und Spanisch (die immer populärer werden) hat die Sprache von Goethe Mühe, die Schüler der Grund- und Sekundarschulen und deren Eltern anzulocken. In Frankreich ist Deutsch die dritte Fremdsprache : 15,4% der französischen Schüler lernen diese Sprache. Aber die überwältigende Mehrheit der Schüler entscheidet sich für Englisch als erste Fremdsprache und für Spanisch als zweite Fremdsprache.

Viele Eltern zögern, wenn die Zeit der Fremdsprachenauswahl kommt : um ihre Wahl zu treffen, stützen sie sich auf ihre eigenen Wahrnehmungen der Fremdsprachen, zwischen denen sie sich entscheiden müssen. Außerdem lassen sie sich auch von den anderen Eltern beeinflussen. So ist es innerhalb des französischen Schulsystems zu einer massiven und andauernden Vernachlässigung der deutschen Sprache gekommen.

Eine Sprache, die unter einem schlechten Ruf leidet

Diese Tendenz lässt sich durch den zunehmenden Einfluss der englischen Sprache (‚warum sollte man mehrere Fremdsprachen lernen, wenn jedermann Englisch kann?‘) sowie durch den schlechten Ruf der deutschen Sprache erklären. Für die Schüler und deren Eltern gilt Deutsch als komplizierte Sprache (vor allem wegen des Deklinationssystems), die durch harte und brutale Klänge gekennzeichnet ist. Es heißt auch, dass Deutsch im Vergleich zu den Sprachen mit lateinischen Wurzeln an melodiösen Modulationen mangelt. Deswegen scheint die deutsche Sprache eine ‚komische‘ Sprache zu sein. Außerdem wird sie als Sprache, die für die besten Schüler ‚reserviert‘ ist, betrachtet.

Dieses schlechte ‘Image’ ist tatsächlich das Ergebnis von Vorurteilen, die sich als hartnäckig erweisen und sich aus einer begrenzten Kenntnis des entsprechenden Landes ergeben; aber es ist auch die nicht erwünschte Folge einer öffentlichen Förderungspolitik, die lange auf zweischneidigen Argumenten beruhte.

Der Elysée-Vertrag von 1963 legt einen besonderen Wert auf die Förderung der Sprache des Partners: „Die beiden Regierungen erkennen die wesentliche Bedeutung an, die der Kenntnis der Sprache des Anderen in jedem der beiden Länder für die deutsch-französische Zusammenarbeit zukommt“, schreibt der Vertrag vor. Auf französischer Seite hat die öffentliche Förderungspolitik den Schwerpunkt auf das Prestige der deutschen Sprache gelegt. Diese wurde systematisch als Elitesprache geschildert : die besten Schüler entschieden sich für Deutsch als erste Fremdsprache. Paradoxerweise hat diese Förderungsstrategie schließlich dem Ruf der Sprache geschadet : sie wurde immer deutlicher von den Eltern vernachlässigt, da sie ihnen zu elitär erschien.

Die neue französische Politik zur Förderung der deutschen Sprache

Diesen strategischen Fehlern zufolge hat das Bildungsministerium seit 2000 seine Politik zur Förderung der deutschen Sprache neu definiert. Diese neue Politik hat vor allem zu einer Neudefinierung der Methoden, die für den Deutschunterricht bevorzugt werden, geführt. Das Ziel dieser Neudefinierung war es, die Anlockungskraft der deutschen Sprache zu verstärken. Diese Strategie beruht auf der Hypothese, dass jede Sprache ihre Schwierigkeiten hat, wobei diese überwunden werden können, sobald der Lehrer sich innovative Übungen und Beschäftigungen ausdenkt, um seine Schüler zu motivieren.

Für die Förderung der deutschen Sprache wird auch ein großer Wert auf spielerische Lehrmittel gelegt: unter denen findet man die ‚Deutsch Mobil‘-Initiative. Dieses im Jahre 2000 eingeführte Projekt beruht auf der Begeisterung von jungen deutschen Lektoren und Lektorinnen, die auf den französischen Straßen von einer Grundschule zur anderen, von einem ‚collège‘ zum anderen und von einem Gymnasium zum anderen fahren, um die Schüler zu animieren, Deutsch zu lernen. Diese von der ‚Fédération des Maisons franco-allemandes‘ gesteuerte und von der Robert-Bosch-Stiftung und Mercedes Benz gesponserte Initiative wird jetzt auch von dem französischen Bildungsministerium unterstützt.

Insgesamt richtet sich diese neue Förderungspolitik an die Eltern (die die Verantwortung für die endgültige Fremdsprachenauswahl ihrer Kinder tragen) sowie an die Schüler selbst : wenn sie mit Spaß die Sprache von Goethe lernen, dann wird sich der Ruf dieser Sprache langfristig verbessern.

Die deutsche Sprache beherrschen : ein vielfältiger Vorteil

Die Argumente, die im Rahmen dieser neuen offiziellen Strategie verwendet werden, schildern das Beherrschen der deutschen Sprache als vorteilhafte Kompetenz. In einem europäischen Raum, dessen innere geographische, berufliche und kulturelle Grenzen immer durchlässiger werden, wirkt sich diese Sprachkompetenz als wahrer Trumpf in der Hand aus.

Den deutschsprachigen Schülern fällt das gleichzeitige oder spätere Lernen von anderen Fremdsprachen einfacher : wer schon Deutsch kann, wird leichter Englisch lernen, da beide Sprachen gemeinsame Wurzeln haben.

Außerdem ist die deutsche Sprache ein Erfolgsrezept, um im Rahmen einer der 2200 vorhandenen Partnerschaften zwischen den französischen und den deutschen Universitäten zu studieren. Das Bestehen eines deutsch-französischen Doppeldiploms (und es gibt zurzeit ca.120 solche Diplome) bedeutet in dieser Hinsicht einen echten Pluspunkt für seinen Inhaber.

Auf dem Arbeitsmarkt, wo das Beherrschen der englischen Sprache unentbehrlich und gleichzeitig banal geworden ist, ist das Beherrschen der deutschen Sprache heute im Gegenteil eine wertvolle Unterscheidungsmöglichkeit. Das Beherrschen dieser Sprache eröffnet berufliche Perspektiven in Deutschland, natürlich, aber auch in der Schweiz, in Österreich und sogar in Luxemburg oder in Lichtenstein. Deutsch ist nämlich die meist gesprochene Sprache in Europa: sie ist die Muttersprache von 95 Millionen Europäern. Diese Tatsache erhöht die beruflichen Aussichten der Deutschsprachigen.

Schließlich ist die deutsche Sprache ein Schlüssel zur Entdeckung einer vielfältigen und blühenden Kultur. Die deutsche Kultur lässt sich nämlich nicht auf Goethe und Schiller reduzieren. Sie ist tatsächlich eine renommierte und bewunderte klassische Kultur, aber sie ist auch eine kreative zeitgenössische Kultur, deren künstlerische Produkte (besonders in den Bereichen der Musik und des Filmes) sich durch ganz Europa und in der ganzen Welt verbreiten.

Das Paradoxon der deutsch-französischen Beziehung im 21. Jahrhundert ?

Dieser neuen Förderungspolitik ist es gelungen, zu einer leichten Verbesserung der Zahlen der Deutschlernenden in Frankreich zu führen. Aber es bleibt noch viel zu tun. Erstens müssen diese Zahlen mit den Daten über das wahre Sprachniveau der Schüler relativiert werden (und diese sind weniger begeisternd). Zweitens bleibt die deutsche Sprache in den französischen Schulen immer noch ziemlich vernachlässigt, und dies obwohl die französische Wahrnehmung von Deutschland insgesamt sehr positiv ist.

Auf deutscher Seite hat der deutsch-französische Tag 2011 unter dem Motto der Förderung des Erlernens der französischen Sprache stattgefunden, während die deutschen Schüler heutzutage immer deutlicher diese Sprache zu Gunsten des Englischen und des Spanischen vernachlässigen. Der Parallelismus zwischen Frankreich und Deutschland ist in dieser Hinsicht beeindruckend.

Während die wirtschaftlichen, politischen, gesellschaftlichen und kulturellen Beziehungen zwischen unseren beiden Ländern stärker und zahlreicher als je zuvor sind, scheint das begrenzte Beherrschen der Sprache des Nachbarn zum Paradoxon der deutsch-französischen Beziehungen des frühen 21. Jahrhunderts geworden zu sein.

Christa Ludwig

 
1 commentaire

Commentaires

1. Par Marie le 6 octobre 2013 à 13h10

Beaucoup d'enfants voudraient faire de l'allemand dès l'entrée au collège, mais malheureusement il n'y a pas assez de place. Rien que dans le collège de ma ville 20 enfants, très bons élèves et très motivés, ont été refusés en bilangue et l'allemand LV2 risque d'être supprimée pour des raisons budgétaires. Ce n'est pas du tout une question de motivation, c'est purement une question de moyens !!!!

Votre commentaire

Pseudo * :

Email * :

Site web :

Anti-spam : laissez ce champ vide :

Votre commentaire * :

* = Champ obligatoire